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Les nonchalants du volant

Il y a maintenant plus de 4 ans, je publiais un billet nommé "Distinguer l'ennemi", dans lequel j'exposais mon aversion pour une frange bien minime des automobilistes : ceux qui veulent explicitement ma mort. Je persiste à ne pas les aimer, c'est plus fort que moi. Je maintiens également que la majorité des automobilistes se comportent de manière très respectueuse envers les cyclistes. Il reste toutefois un groupe dont j'ai moins parlé, entre les (peu nombreux) enragés et les (nombreux) vertueux : les nonchalants.

La vie est si complexe

Les nonchalants ne détestent pas les cyclistes. En fait, je me demande parfois s'ils sont au courant de leur existence. Reste que jamais au grand jamais n'afficheront-ils un air agressif ou manoeuvreront d'une manière qu'ils savent dangereuse. Par contre, parfois, il semble que conduire soit une activité requérant trop d'attention et, dans une tentative d'alléger cette lourde tâche, les nonchalants décident simplement d'ignorer (inconsciemment) des pans entiers de leur environnement.

Ce ne serait pas un problème, si ce n'est que parfois, dans ces pans oubliés, il y a un cycliste. En ville, durant l'été, j'oserais même dire que c'est souvent le cas. C'est cette nonchalance qui apeure souvent certains cyclistes potentiels. Rappelons-le : nous ne parlons pas ici d'un comportement volontairement agressif, mais bien d'une somme de plusieurs événements dont l'occurence élevée peut finir par dissuader les gens d'utiliser leur vélo.

Dans ce billet, j'expose quatre de ces situations, vidéo à l'appui. Avant de débuter, j'aimerais attirer votre attention sur deux éléments importants :

  1. Il y a moins de 24 heures d'écart entre le premier et le dernier de ces événements. C'est le genre de choses qui se produisent tout le temps, pour un cycliste qui roule autre part que dans les pistes totalement hors route.
  2. Parlant de piste cyclable, toutes ces situations ce sont produites sur des rues où une bande ou piste cyclable est installée. Je n'aime pas forcément attirer l'attention là-dessus (parce qu'on peut facilement le prendre à contre pied et déduire que ç'aurait été acceptable si ça c'était produit à des endroits sans piste cyclable, ce qui n'est absolument pas le cas), mais je le précise néanmoins pour rappeler que c'est le genre de situations auxquelles tout cycliste doit s'attendre à être exposé, même s'il se contente de rouler sur le réseau cyclable aussi officiel que famélique.

Tourner ou ne pas tourner, telle est la question

Notre itinéraire commence sur la rue du Pont, dans St-Roch, rue pourvue de bandes cyclables dans les deux directions. J'arrive en direction nord (la rue est bidirectionnelle pour les vélos, unidirectionnelle pour les autos). De l'autre côté, un feu vert clignotant est présent pour permettre aux véhicules de tourner à gauche sur Prince-Édouard. Le problème, c'est que ce feu vert clignotant, il s'arrête après un certain temps...

J'étais tout à fait visible (hors de la zone d'ombre), j'ai attendu sans problème mon feu vert et, même à ce moment, je ne me suis pas précipité en accélérant le plus rapidement possible. Malgré tout, il y a toujours cette arrière-pensée : il ne m'a pas vu / ne m'a pas considéré, qu'est-ce que je fais maintenant.

Entendons-nous bien, à strictement parler, je ne me suis pas fait couper. Le conducteur a cessé sa manoeuvre avant qu'elle ne devienne réellement dangereuse pour moi. Néanmoins, ce genre de situations est usant. Je veux bien que l'on adopte une conduite prudente et défensive, mais à un certain point ça serait bien si je pouvais passer sur une verte sans craindre de me faire couper.

Un petit café qui nécessite de tourner

Je poursuis mon périple et me retrouve sur la rue Clémenceau, à Beauport (pas spécialement joli comme coin, mais c'est près de la piste des chutes de la rivière Beauport que j'aime beaucoup monter). J'attends patiemment le feu piétonnier, tel qu'édicté par la signalisation (dans la vidéo, je vous ai fait grâce de la plus grande partie de l'attente) et emprunte la piste cyclable. Tiens donc, une conductrice signale qu'elle va tourner à droite... Se pourrait-il qu'elle oublie ma présence, malgré les grandes marques jaunes dans l'entrée du stationnement?

Bien sûr. Encore une fois, vous n'observerez pas de réaction brusque ni n'entenderez de cri apeuré et surpris de ma part dans cette vidéo. Je me doutais très précisément de ce qui allait se produire et je n'ai clairement jamais été en danger. N'empêche, au risque d'être usant, je vais réitérer : c'est usant.

Je me demande à quoi cette manette peut bien servir...

Dans la vidéo précédente, j'avais au moins un indice de cette manoeuvre incorrecte de l'automobile : son clignotant. Ce ne fut pas le cas plus loin sur mon trajet. Transportons-nous sur la 3e avenue, dans Limoilou, au coin de la 4e rue.

Je l'ai dit, je suis 100% d'accord avec le concept de conduite défensive, mais à un certain point il faudrait m'aider un peu, quand même... À aucun moment cette automobiliste n'a-t-elle utilisé son clignotant et a tourné en me coupant complètement 1) sans vérifier son angle mort et 2) sans même regarder à droite, en fait. On remarque par ailleurs que l'auto partait de l'arrêt, il n'y avait donc nulle urgence à tourner rapidement.

Vous savez ce qui est le pire? Malgré tout ça, j'avais l'intuition que ça allait se produire et, comme vous pouvez le voir, j'ai pu m'arrêter bien avant d'être en danger. Néanmoins, ça m'a fait réfléchir : n'est-ce pas un peu trop demander aux cyclistes de pouvoir systématiquement prévoir ce genre de situation? Par ailleurs, oui, très bien, j'ai perçu le danger, mais ce faisant, j'ai définitivement retiré mon attention de d'autres dangers potentiels. Par exemple, je doute fortement que j'aurais réagi à temps si le conducteur de la voiture blanche stationnée avait ouvert sa portière. En temps normal, probablement, mais pas à ce moment, avec mon attention rivée sur cette auto à qui je ne faisais pas confiance...

Pour ceux qui voudraient mon "truc" pour ces situations : lorsque vous vous demandez si une automobile va tourner, ne regardez pas seulement son clignotant, ses freins ou son chauffeur. Regardez sa roue avant. Elle, au moins, ne peut pas mentir. Par contre, comme j'en ai parlé, cette façon de faire retire votre attention du reste de la route... à utiliser avec modération et à basse vitesse seulement, donc.

Un stop, c'est un stop

Terminons notre épopée sur la 4e avenue en direction sud, juste un peu au nord de Limoilou, dans le bas de Charlesbourg.

Comme pour les autres situations, je roule tranquillement dans une bande cyclable et respecte la signalisation. D'une rue transversale arrive une automobile, qui fait son stop pour me laisser passer. Mais l'a-t-il fait?

La réponse est, pour moi, clairement non. Comme on peut le constater, l'automobiliste ne s'arrête qu'après s'être avancé suffisament pour bloquer complètement la bande cyclable. Bien qu'il me "laisse" la priorité, cela m'impose de ralentir, vérifier qu'il n'y a pas d'automobile derrière moi, avant de me décaler et de rejoindre la bande à nouveau, opération rendue malaisée par la présente de délimiteurs. Imaginons une situation analogue, où une auto arrivant d'une artère transversale bloque entièrement une des 2 voies de circulation d'une route. Considéreriez-vous cela correct? Bien sûr que non, et il en va de même ici.

Laissez moi vous dire que ce genre de situation arrive tout le temps et que (vous vous en doutez), c'est usant. Le problème, c'est que les gens ont l'impression de faire leur stop, mais ce n'est malheureusement pas le cas. Au contraire, c'est un danger supplémentaire notable qu'ils font vivre aux cyclistes.

Conclusion : je vous aime quand même, vous savez

Je voudrais terminer en m'adressant à ces conducteurs. Premièrement, je suis bien au courant que vous n'êtes pas foncièrement anti cyclistes et que vous n'appartenez pas à cette odieuse catégorie de gens que sont les enragés du volant. Je sais également que vous voulez bien faire et que vous ne pensez pas réellement à mal en faisant ces manoeuvres. Malheureusement, aussi pures que puissent être vos intentions, vos actions m'impactent (et impactent la vie de tous les cyclistes). Elles constituent un des principaux freins à l'adoption du vélo comme moyen de transport urbain, en particulier chez les groupes sociaux "traditionnellement" plus prudents, que ce soit les personnes âgées ou les familles. La distraction est aussi une cause d'accident importante -- pas seulement avec les cyclistes d'ailleurs.

Certes, conduire est (objectivement) difficile, particulièrement en ville. Personne n'est par ailleurs à l'abri de l'erreur -- c'est d'ailleurs la raison pour laquelle vous ne me voyez pas m'énerver dans ces vidéos, à quoi bon s'offusquer de l'erreur de quelqu'un? Toutefois, il faut faire mieux et améliorer notre façon de conduire. Prendre de bonnes habitudes (faire son arrêt complet à la ligne d'arrêt puis avancer dans le cas des intersections sans visibilité, valider deux fois plutôt qu'une avant de s'engager dans un virage à gauche, revérifier son angle mort lors d'un virage à droite, etc.), c'est la clé pour une cohabitation plus harmonieuse et des cyclistes qui seraient moins enclins à "en passer une petite vite" pour éviter d'être coincés par après dans une situation qui les inquiète.

Alors, la prochaine fois que vous serez au volant et que vous accorderez une petite attention à ces principes de prudence, rappelez-vous de moi et dites-vous que même s'il ne vous connait pas ni vous ait jamais rencontré, un zoïle quelque part dans la ville vous remercie du fond du coeur.

P.S. : la nonchalance ne touche pas que les automobilistes

Je ne peux m'empêcher de décerner le prix toutes catégories de la nonchalance à Parcs Canada, pour son oeuvre magistrale dans les travaux du Canal de Lachine. Une section de piste de 1.5 km a été fermée pour travaux et remplacée par un détour de 13.6 km. Et ils osent défendre cette décision en soutenant qu'ils en sont arrivés à ce choix parce qu'ils se sont "mis à la place d'un cycliste". Je suis désolé pour ceux qui espéraient un billet un peu plus posé et qui sentaient que je tenais le bon bout en lisant la conclusion qui précède, mais je n'ai qu'un message pour Parcs Canada : allez vous faire voir. Vous êtes la définition même du problème dans la planification des parcours cyclables. Je vous souhaite de prendre l'autoroute un jour et de devoir faire un détour de 136 km parce qu'il y a des travaux sur 15 km, de tomber en panne au fin fond de ce détour, qu'un tracteur dégomme votre auto (sans que vous soyez à l'intérieur, je ne suis pas sadique quand même) et que les journaux et chroniqueurs vous blâment parce que "vous avez manqué de prudence".

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