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Oranges et citrons printaniers

Il est toujours plus facile de se sentir optimiste lorsqu'on remonte sur son vélo après une abstinence de quatre mois. Oui, il y a du gravier et du sable partout, les restes de sels hivernaux grippent à peu près tout ce qui tourne sur votre vélo (et corrode ce qui ne tourne pas...), de la neige subsiste aux endroits les plus inopportuns, certains automobilistes qui espéraient bien ne plus jamais vous revoir se comportent comme des Vil Coyote face à des géocoucous (oui, c'est le nom de l'espèce de Bip Bip!), mais quelle importance au fond : vous êtes en selle!

Cette année, le retour de la belle saison est cependant marquée par un autre événement important : en date du 18 avril, il est désormais permis aux cyclistes de passer sur les feux piétonniers, même ceux n'étant pas explicitement marqués à cet effet. Explorons les conséquences de ce changement, ainsi que l'état actuel du réseau cyclable à Québec en cette fin d'hiver, pour terminer par un rare prix orange décerné à l'Université Laval.

Le 18 avril 2018, après moult retards et commissions parlementaires, notre digne représentant royal apposait sa sanction au projet de loi 165, modifiant le code de la sécurité routière. Si les modifications ne concernent pas que les cyclistes, ce blog se concentre forcément surtout sur ces dernières. Il y en a 8 principales (en plus du fameux "principe de précaution" introduit en préambule du code), qui sont détaillées dans cet article.

Pour la plupart, il n'y a pas grand chose à dire; je ne vais définitivement pas protester contre le fait qu'il soit maintenant officiellement interdit aux cyclistes de "circuler avec un objet ou un passager qui obstrue la vision ou gêne la conduite", par exemple. Les distances obligatoires de dépassement (1m si <50 km/h, 1.5m sinon) sont intéressantes, mais pas respectées, donc bon, consolons-nous en nous disant qu'au moins le problème est réglé de jure. Toutefois, ce qui m'intéresse surtout est la modification apportée à l'article 359 :

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La nouvelle formulation de l'article 359

Eh oui, les cyclistes peuvent maintenant passer sur les feux piétonniers. Pour une raison qui m'échappe, la mise en vigueur de cette mesure a été retardée d'un an, mais elle est maintenant bel et bien en vigueur. C'est objectivement une bonne nouvelle, qui élimine au moins un cas pathologique vécu par les cyclistes. Toutefois, il y a à mon avis un léger détail qui pose un nouveau problème : l'arrêt obligatoire.

J'entends d'ici les hauts cris et les braillements des démagogues :

L'arrêt obligatoire, c'est pour vous empêcher passer à 180 km/h et de tuer des grands-mères bénévoles pour la Croix-Rouge transportant des bébés réfugiés ayant vécu l'horreur! Bande de dangers publics!

Toutefois, ce serait quelque peu déformer mon propos. Je n'ai en effet aucun problème à ce que le cycliste ait l'obligation de s'assurer de ne prendre la priorité d'aucun piéton. Cela va de soi, même. Le problème, c'est l'arrêt obligatoire qui précède cette injonction. Supposons cette intersection :

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Observez le pannonçeau de l'autre côté de l'intersection

À cette intersection, les cyclistes ont l'obligation de passer sur le feu piétonnier. Ils ne peuvent pas passer sur le feu vert. Mais grâce à la nouvelle loi, même si un cycliste arrive à l'intersection alors que le feu piétonnier est en fonction, il doit quand même faire un arrêt complet. En d'autres termes, à cause de cet amendement, il n'y a maintenant aucun moment où le cycliste peut passer cette intersection sans s'arrêter. Un peu comme si, en tant qu'automobilistes, le feu de circulation devant vous oscillait entre rouge et rouge clignotante...

Ce problème est loin d'être isolé. En fait, il est même très répandu, puisque quasiment toutes les intersections des pistes cyclables avec une route sont régies par un feu piétonnier. Que l'on passe des corridors des Cheminots, du Littoral ou des Beauportois, de l'Axe Père-Marquette ou de la Promenade Samuel-de-Champlain, toutes les intersections ou presque sont de ce type! C'est donc dire que dorénavant, les cyclistes devraient faire des arrêts partout, même lorsqu'ils ont la priorité?

Comme à l'habitude, je sais très bien que ce n'est pas ce qui va se passer. Évidemment que personne ne va faire d'arrêt complet lorsque le feu piétonnier régissant la piste cyclable indique que les usagers de cette dernière ont priorité. Mais, comme à l'habitude toujours, je ne peux que déplorer cette absence de cohérence dans les consignes données aux cyclistes, absence de cohérence qui ne peut mener qu'à une mauvaise application des règles.

Vélo de printemps

Comme à chaque printemps, lorsque je dis à quelqu'un que j'ai ressorti mon vélo à la fin mars / début avril (2 avril cette année, dans mon cas), la réaction est souvent un regard interrogateur suivi de la sempiternelle question : "Mais comment tu fais pour rouler s'il reste de la neige?"

En exclusivité, je vais vous révéler mon secret, un secret bien gardé s'il en est un : il n'y a pas de neige. Certes, la neige subsiste sur les terrains, mais les rues étant déneigées tout l'hiver, elles deviennent libres bien plus rapidement. Voici par exemple une partie de mon trajet du 3 avril 2019 :

(désolé pour la qualité absolument graveleuse, il semble que mes paramètres d'exportation vidéo ne soient pas du goût de Youtube, un jour je comprendrai ma vie et arrangerai ça)

Bien sûr, il y a du gravier et du sable, mais c'est le genre de choses qui sont parfaitement gérables avec un vélo "d'été". L'hiver 2018-2019 est par ailleurs plus que représentatif, les précipitations nivales ayant même été au-dessus de la moyenne. Pas besoin d'être un fou du vélo pour considérer lancer sa saison au début avril, donc.

Et je sais ce que certains vont me rétorquer ici : bravo, tu nous montres le 3 avril, mais que dirais-tu de nous parler des 8 et 9 avril, hmm? Derrière cette question bien innocente se cache une dramatique vérité : la région a connue une tempête de neige ces journées là. Selon Environnement Canada, 25.1 cm de neige sont tombés ces journées là et les températures sont restées continuellement sous zéro. Échec et mat, cyclistes?

Eh bien pas vraiment. Parce que moins de 36 heures après la dite tempête, voici à quoi ressemblait (à nouveau) mon trajet :

Au final, j'ai pris l'autobus pendant 3 jours et ai pu remonter sur mon vélo tout de suite après. Conclusion? Oui, des tempêtes printanières peuvent gêner un cycliste, mais cette gêne, au printemps, est plus que temporaire. Aucune raison de différer le début de sa saison de plusieurs semaines si le pire des cas est de devoir la suspendre pendant 3 jours...

Du déneigement des pistes cyclables

Il y a maintenant 4 ans de cela, je discutais de la persistance de le neige sur les pistes cyclables de la région, parfois jusqu'au mois de mai. Parmi mes conclusions, on trouvait cette recommendation :

Que l'on ne déneige pas les pistes cyclables l'hiver est une chose : le nombre d'utilisateurs potentiels est (pour le moment) faible et les coûts élevés. Cela n'implique pas que nous soyons pour autant dans un dilemme où nous aurions à choisir entre un service de déneigement de luxe et aucun service. Il suffirait par exemple d'un passage de déneigement vers la fin mars, lorsque le gros des précipitations nivales est passé, pour réduire considérablement le problème d'accumulation de neige et de glace

Or, il s'avère que c'est exactement ce que fait l'Université Laval sur son campus depuis 2 ans. L'hiver, les pistes ne sont pas déneigées, mais vers la fin mars, un véhicule passe pour retirer le gros de la neige. Et est-ce que ça marche? Voyez par vous même :

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Piste cyclable principale du campus, 3 avril 2019
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Un autre point de vue, toujours le même jour

Bien sûr, il reste des murs de neige autour de la piste, mais ça n'a pas d'importance : cette dernière est tout à fait pratiquable, dès le début avril, et évite aux cyclistes de se retrouver, faute d'autres solutions, sur des boulevards comme René-Lévesque. Bravo donc à l'université pour ce geste concret.

Du côté de la ville de Québec, disons que c'est plus mitigé. Un passage de 3 mètres de long sur le parcours cyclable principal de la haute ville? Bah, pourquoi déneiger ça...

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Faudrait pas trop en demander non plus...

Conclusion

La neige fond, mais les administrations ne dégèlent pas. Bien que je ne puisse que saluer le fait que les problèmes des cyclistes soient maintenant au moins pris en considération, les solutions tardent et, lorsqu'elles sortent finalement, sont souvent mésadaptées. Tenez, rien que cette semaine, on apprend que ce sera à nouveau le bordel au vieux port pendant tout l'été.

Mais vous savez quoi? Les choses s'améliorent. Lentement, mais elles s'améliorent. Et surtout, nous sommes à vélo. Tant bien que mal, mais nous sommes à vélo. Et, au final, n'est-ce pas ça qui compte le plus?

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